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Gouvernance de l’IAAnalyse
Ce que les lois québécoises sur la langue et la vie privée exigent réellement d'un produit d'IA — les échéances, les amendes, et comment concevoir le bilinguisme dès le départ plutôt que d'ajouter le français à la fin.
En résumé
La plupart des équipes qui bâtissent des logiciels pour le marché québécois savent qu'il y a une « exigence de français ». Moins nombreuses sont celles qui réalisent qu'elles sont assujetties à deux régimes distincts que les produits d'IA heurtent de plein fouet.
Le premier est la loi 25 — la loi québécoise modernisée sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé (anciennement projet de loi 64). Elle encadre la collecte, l'utilisation et la communication des renseignements personnels, et elle vise directement le traitement automatisé : si une décision concernant une personne est fondée exclusivement sur un traitement automatisé, vous devez l'en informer et lui offrir un recours en révision humaine. C'est une règle écrite pour exactement ce que fait un modèle d'IA.
Le second est la loi 96 (adoptée sous le nom de loi 14), qui a modifié la Charte de la langue française. Il ne s'agit pas d'un simple bouton de traduction. Elle exige que le français soit disponible, et d'une qualité au moins équivalente à toute autre langue, dans les produits et services offerts aux consommateurs et à vos propres employés au Québec.
Un agent conversationnel qui donne des réponses plus fines en anglais qu'en français est un problème de loi 96. Un modèle de pointage de risque qui refuse un client sans explication en français et sans recours humain est à la fois un problème de loi 96 et de loi 25. Les deux lois se recoupent précisément là où vit l'IA — des décisions automatisées livrées par le langage.
Ce n'est pas un élément de feuille de route pour l'an prochain. Les sanctions sont actives.
La loi 25 est entrée en vigueur par étapes sur trois ans. Depuis le 22 septembre 2023, la Commission d'accès à l'information (CAI) peut imposer des amendes pénales pouvant atteindre 25 M$ CA ou 4 % du chiffre d'affaires mondial, selon le montant le plus élevé, en plus de sanctions administratives pécuniaires pouvant atteindre 10 M$ CA ou 2 % du chiffre d'affaires — voir le résumé du régime de sanctions de la loi 25 par Osler. L'obligation d'information sur les décisions automatisées et le droit à la portabilité des données sont arrivés avec cette dernière vague.
Les dernières dispositions de la loi 96 sont entrées en vigueur le 1er juin 2025 : la francisation est désormais obligatoire pour les entreprises de 25 employés et plus, avec de nouvelles exigences de français sur les marques de commerce, l'affichage et l'emballage — Gowling WLG détaille ce qui est entré en vigueur.
La pression réglementaire n'est pas théorique pour le marché non plus. Dans les sondages d'entreprise de Deloitte, la conformité réglementaire est devenue le premier frein à l'adoption de l'IA générative, passant de 28 % à 38 % des dirigeants — voir l'étude State of Generative AI in the Enterprise de Deloitte. Pour un produit destiné au Québec, ce frein est nommé et daté.
Une fois le jargon juridique écarté, la loi 25 demande quatre choses concrètes à une fonction d'IA.
1. Divulguer les décisions automatisées. Lorsqu'une décision concernant une personne est fondée exclusivement sur un traitement automatisé, vous devez l'en informer — au moment de la décision ou avant — et, sur demande, lui indiquer les renseignements personnels utilisés, les raisons et les principaux facteurs ayant mené à la décision. Concrètement : votre modèle doit produire une explication vérifiable, pas seulement un pointage.
2. Offrir une révision humaine. La personne peut présenter ses observations et demander qu'une personne révise la décision. Cela suppose un chemin d'acheminement et une file traitée par du personnel, pas un formulaire « nous joindre » sans issue.
3. Consentement et limitation des fins. Les renseignements personnels fournis à un modèle doivent avoir été recueillis pour une fin à laquelle la personne a consenti. Entraîner un modèle sur des données clients « parce qu'on les avait » est précisément le scénario que la CAI cherche à sanctionner.
4. Gestion des incidents. Les incidents de confidentialité présentant un risque de préjudice sérieux doivent être déclarés à la CAI et aux personnes concernées. L'IA augmente les enjeux : l'« IA fantôme » non encadrée a ajouté environ 670 000 $ US au coût moyen d'une violation, et 97 % des organisations ayant subi une violation liée à l'IA n'avaient pas de contrôles d'accès adéquats — voir le rapport IBM Cost of a Data Breach 2025. Un modèle qui accède discrètement à des données personnelles est une surface de violation.
Rien de tout cela n'est ésotérique. C'est de la journalisation, une couche d'explication, une file avec intervention humaine et du contrôle d'accès — conçus dès le départ, pas rajoutés après coup.
C'est ici que la plupart des produits d'IA enfreignent discrètement la loi 96 : ils traitent le français comme une tâche de traduction après lancement. Le modèle est ajusté, évalué et testé en anglais ; le français reçoit une passe de table de chaînes et part en production. Le résultat est un produit nettement moins bon en français — plus lent, moins précis, parfois absurde — soit exactement le seuil de « qualité au moins équivalente » fixé par la loi 96.
Le bilinguisme dès la conception signifie que le français est une langue de premier plan dans toute la pile :
Le bénéfice au-delà de la conformité : l'adoption de l'IA au Québec est réelle et s'accélère. Statistique Canada rapporte que l'utilisation de l'IA par les entreprises canadiennes a environ doublé d'une année à l'autre pour atteindre 12,2 %, les services professionnels et la finance dépassant nettement 30 %. Un produit réellement bon en français se bat pour ce marché, et ne fait pas qu'éviter une amende.
Réunissez les deux lois et un patron d'architecture se dégage. Rien de lourd ; cela doit simplement exister avant le lancement, pas après l'appel de la CAI.
C'est le travail derrière les mandats Sécurité et gouvernance de l'IA et Automatisation agentique de Maverin — et c'est pourquoi nous fonctionnons en bilingue EN/FR par défaut, et non en option.
La conformité québécoise est facile à rater de loin. Le seuil de qualité du français est culturel, pas mécanique ; le régime de vie privée a son propre organisme d'application et ses propres définitions. Bien bâtir pour cela suppose généralement d'avoir des gens qui lisent les directives de l'OQLF dans la langue d'origine et qui ont déjà livré sous la loi 25.
C'est un choix délibéré dans la structure de Maverin. Nous exploitons un bureau à Montréal aux côtés d'Ottawa, Toronto et Calgary, et nous affectons au travail des personnes chevronnées, bilingues et au fait de l'IA — qu'il s'agisse de renfort d'équipe au sein de la vôtre ou d'un mandat à prix fixe pour faire franchir à une fonction la ligne de la conformité. Il y a aussi un angle structurel à nommer pour les acheteurs du secteur public : à titre d'entreprise détenue par des Autochtones, Maverin compte dans le minimum obligatoire fédéral de 5 % pour l'approvisionnement auprès des entreprises autochtones.
Le constat pratique est plus simple que la réglementation : au Québec, le français et la vie privée ne sont pas des fonctions qu'on ajoute une fois le produit terminé. Ce sont des contraintes à partir desquelles on conçoit. Les équipes qui l'intègrent livrent une fois ; celles qui ne le font pas livrent deux fois — et la deuxième mouture, sous échéance et sous examen, est la coûteuse. Commencez par une évaluation diagnostique ciblée si vous voulez un état des lieux de votre surface d'IA actuelle face aux deux lois.
FAQ
La loi 25 ne nomme pas l'« IA », mais elle encadre directement les décisions fondées exclusivement sur le traitement automatisé de renseignements personnels — soit ce que font la plupart des fonctions d'IA. Si votre modèle prend une décision concernant une personne, vous lui devez l'information, les principaux facteurs en cause et un recours en révision humaine. Elle régit aussi le consentement pour les données utilisées et la notification des violations.
La loi 96 exige que le français soit disponible et d'une qualité au moins équivalente à toute autre langue dans les produits et services offerts au Québec. Pour un assistant d'IA, cela signifie que l'expérience française ne peut être nettement inférieure — plus lente, moins précise ou mal traduite — à l'anglaise. En pratique, il faut des invites en français natif et une évaluation en français, pas seulement une interface traduite.
Sous la loi 25, les amendes pénales atteignent jusqu'à 25 M$ CA ou 4 % du chiffre d'affaires mondial, selon le montant le plus élevé, en plus de sanctions administratives jusqu'à 10 M$ CA ou 2 % du chiffre d'affaires. La loi 96 comporte ses propres sanctions et, depuis le 1er juin 2025, la francisation obligatoire pour les entreprises de 25 employés et plus. Les montants sont assez élevés pour en faire un risque financier de niveau conseil d'administration.
C'est la façon la plus courante d'échouer à la loi 96. Une passe de traduction après lancement laisse généralement l'expérience française mesurablement inférieure à l'anglaise, ce qui manque le seuil de « qualité au moins équivalente » — et c'est bien plus coûteux à corriger sous échéance. Concevoir le français comme une langue de premier plan dès le départ (routage, invites, contenu et évaluation bilingue) est moins cher et défendable.
Maverin affecte au travail des personnes chevronnées, bilingues et au fait de l'IA — en renfort d'équipe ou en mandats à prix fixe — et bâtit en bilingue EN/FR par défaut, arrimé au cadre NIST AI RMF et à la norme ISO/IEC 42001. Avec un bureau à Montréal et un statut d'entreprise autochtone qui compte dans les cibles d'approvisionnement fédérales, nous sommes structurés précisément pour le contexte québécois et canadien. Une évaluation diagnostique ciblée est le point de départ habituel.
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